O lieu des couleurs

et de mes états dame, circulent les images et les mots s'y envolent ...

Commentaires

histoire d'Ô

Inconscient quand tu nous tiens .... Ô est une héroine démesurément trouble.

Posté par Alain, 19 mars 2006 à 19:54

ça coule de source..

Posté par Matemma, 20 mars 2006 à 02:32

... cool est la source

Posté par Alain, 08 avril 2006 à 19:04

L’O du Giotto

Pour un pauvre O d’aphone éclos sur une ardoise,
Un cercle en un seul coup fait sur un tableau noir.
Raymond Roussel, Nouvelles Impressions d’Afrique.

C’est Vasari qui rapporte dans ses Vite de più eccellenti architettori, pittori et scultori italiani da Cimabue infino a' tempi nostri : descritte in lingua toscana da Giorgio Vasari, pittore aretino, sorties en mai 1550 des presses de l'imprimeur florentin Lorenzo Torrentino sous la forme de deux in-4°, comment, à Padoue, il y a aujourd’hui sept siècles exactement, Giotto, fils de Bondone, celui que Cimabue en route pour Bologne avait vu, petit paysan de dix ans assis par terre dans son hameau natal de Vespignano, dessiner une brebis sur une ardoise, et, rempli d’admiration pour un si naturel talent, mené avec lui en son atelier où le facétieux gamin peignit un jour sur la toile du maître une mouche assez réaliste pour que celui-ci l’y pensant empéguée s’évertuât en vain de longues minutes à lui faire prendre envol, Giotto le pâtre, pressé par un émissaire du pape Benoît IX de lui donner en lieu et place d’entretien d’embauche quelque preuve de son talent, se contenta, en un geste de folle impudence, de tracer devant lui à main levée un cercle parfait sur une feuille afin qu’il la transmît au pasteur suprême. A cette heure, c'est Giotto qui a le cri, c’est à lui qu’appartient la clameur, « e ora ha Giotto il grido », dit alors de lui son ami Dante au chant onzième du Purgatorio.
Si le trait du Giotto se vérifia net et sans bavure et lui valut, outre d’orner de sa Navicella la basilique Saint-Pierre de Rome, le surcroît de gloire que l’on sait, c’étaient ronds de chapeau que pour notre part nous bavions dans cette école Montjovis, ignorants que nous étions de cela et de tout, et particulièrement des troubles qui agitaient alors nos instituteurs en blouse grise dont un couple de collègues comme eux limougeauds venait en recevant une mort effroyable aux bords d’une route algérienne d’engrener une guerre innommée par quoi notre enfance allait être scandée et dont nous ne sentirions les derniers feux mal s’éteindre qu’à la nubilité, aux confins d’une adolescence qui s’en irait crever dans l’exultation d’un joli mois de mai, et le goût de ce printemps-là nous sera viatique et nous suivra au caveau comme il y a trop tôt déjà accompagné d’aucuns, oui, nous tirions autrement la langue quand, chaque matin, il nous fallait calligraphier après la date inscrite en rouge par le maître en–dessous de la frise avec soin guillochée la veille, à la plume sergent-major redoutablement ballonnée d’encre violette, une ligne de signes identiques au parangon adossé à la marge, modèle étalon dont la distinction irréfragable nous faisait assez savoir qui à l’évidence entendait ici commander.
Et que l’on n’aille pas se figurer que, conformément aux apparences de simplicité bonhomme qu’il affichait, cet « o » fût plus qu’un autre caractère aisé à transcrire. Car si tout allait bien à la descente en plein qui s’effectuait, freewheelin’, en roue libre, guidon lâché mains plaquées à l’ensellure, l’air dégagé, l’oeil et la patte assurés de celui à qui on ne la fait pas, nous prenions soudain, arrivés au pied de la lettre comme à celui du mur le maçon, conscience d’avoir mangé en premier notre pain blanc, et le canard du doute en nous s’insinuait au moment même où il s’agissait, tous jabotages tus, émotionnés comme au pied de l’Aubisque ou du Galibier le grand Gino Bartali, de se jeter avec fureur, estomac noué, dans le délié de la remontée : dans l’enrayure alors le métal crochait au papier, se faisait griffe et soc, le trait frissonnait, la pointe trémulait et partait en dérape, une tache parfois hoquetait à la page des crispés qui les contraignait, guigneurs rotatoires et circonspects, à en buvarder ce margouillis, crainte de la tirade des petits cheveux et de l’atroce impression que la peau ne saurait manquer de se décoller de l’os temporal comme conséquemment du banc notre cul, les balourds anhélaient, la main grelottant, c’était foutu, ils n’accéderaient jamais, tout là-haut à droite, au germe, à la ligature libératoire qui autorisait les plus dégourdis à donner cours à l’élégance du poignet, comme se ferre une truite, doucement mais avec l’assurance de l’inexorable, tracé évocateur, en nous qui pour la plupart étions neufs à la ville, dans son évidence facétieuse et tortillonnée, de la queue de la truie qui gouvernait sa copieuse portée dans le coudert des grands-parents, non, ils avaient beau, laborieux contordus et suant, s’appliquer, ils pressentaient bien déjà qu’ils ne verraient jamais s’aligner, comme il se disait en cette Ballade Irlandaise, depuis peu à la mode, que nos mères, bien plus jeunes alors que nous ne le sommes aujourd’hui et ne le serons désormais, fredonnaient à la cuisine, ils ne verraient jamais au grand jamais, non plus qu’un jour de neige embaumé de lilas, se profiler, sur leur page ni sous le ciel limousin, des « o » rangés.

Posté par Christian, 01 juillet 2007 à 08:36

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